lundi 26 septembre 2011

Avis de tempête sur les Musées fédéraux... le chant des Sirènes attire vers les récifs de projets fantasmatiques.

Après le temps des blocages, des tensions non résolues, de l'inévitable échec, de la dramatisation, voici venu celui des convergences, des accords, des libérations catharsiques... Un accord (à n'importe quel prix) sur BHV et c'est tout le système musculaire belge qui se détend, avec son lot de "oufs", de "hourras" et de soupirs de soulagement, la mise au pinacle des héros, la chute des maudits, les schismes et les sécessions,... bref, on le sent, la crise politique belge touche à sa fin... charriant les vagues de déchets, de déçus, de déchus... Et en mire, un probable, hypothétique gouvernement qui devrait accompagner la rentrée politique d'octobre. Plus personne n'y croyait plus.

Nous avons appris aujourd'hui l'historique basculement du Sénat français vers la gauche, alors qu'il fut majoritairement à droite depuis le début de la cinquième république... Quelle sera la tendance de notre futur attelage gouvernemental, après plus de 460 jours de vacances de pouvoir fédéral ? Personne n'en a cure, finalement. Un gouvernement, un bon, qui tienne, voilà ce que demande le citoyen belge, lassé de tant de palinodies... Quels qu'en soient les assemblages chromatiques...

Quelles seront les premières décisions prises par celles et ceux qui ont laissé ce pays dans une jachère politique totale ? Peut-on croire, ainsi que le dit cette métaphore issue du monde rural, que cette jachère aura eu le mérite d'une fertilisation naturelle du sol ? Espérons-le...

Autre question, encore: qui aura le portefeuille de la politique scientifique et restera-t-il portefeuille à part entière ?

Je forme le voeu que le prochain ministre de la politique scientifique aura le courage et le jugement suffisamment forts pour prendre les décisions qui s'imposent en arbitrant une fois pour toutes la question de la direction des Musées Royaux d'Art et d'Histoire, en tranchant celle de l'ex aequo qui classe les deux lauréats à l'examen de recrutement.
Deux thèses s'affrontent, on le sait:
- celle du statu quo législatif, l'actuelle législation prévoyant que chaque direction d'une institution scientifique fédérale soit occupée par une seule personne (auquel cas le ministre en charge n'aura qu'une simple décision à prendre: celle de nommer le rédacteur des présentes, seul habilité à occuper le poste),
- celle d'une évolution du cadre législatif, abandonnant la thèse précitée au profit de la création de coupoles, de "pôles", et notamment d'un pôle art, à la tête duquel le futur ministre pourra nommer le seul Michel Draguet, qui a l'heur, et lui seul, d'être déjà directeur des Musées Royaux des Beaux Arts...
Voilà où en est le dossier depuis des mois.
Peut-on espérer que le futur ministre de la politique scientifique, fraîchement désigné, et quelle qu'en soit la couleur politique, aura l'indépendante finesse d'analyse pour prendre une décision en âme et conscience ? Ou aura-t-il été circonvenu par le lobby de sa propre administration qui ne cache pas sa préférence pour la thèse (déjà largement répandue par elle) du pôle art ? L'avenir nous le dira...
On peut se douter qu'il y aura encore à ce sujet beaucoup d'encre (...) qui coulera sous les ponts (oui, l'erreur est volontaire, tant on en a parlé dans les journaux...).

En attendant, le Musée d'Art moderne ne renaîtra pas de ses cendres... Fermé subitement et sans la moindre concertation pour faire place à un Musée Fin de Siècle et à la prétendue obligation de monstration de la dation Gillion Crowet (laquelle avait déjà abouti par erreur au Musée des Beaux Arts, nous l'avons dit par ailleurs), ce Musée d'Art Moderne, défunt désormais, donne vie (c'est le seul malheureux mérite que l'on puisse encore lui reconnaître) à une vision dans l'au-delà d'un grand musée d'art moderne et d'art contemporain à Bruxelles "enfin digne de  la capitale de l'Europe" !

Cette évocation mégalomane d'un projet pharaonique à quinze ans (je disais bien "dans l'au-delà") est une pincées de poudre de perlimpinpin électoral lancée à la tête des orphelins du Musée d'Art moderne par quelques politiques, à quelques mois des élections communales à Bruxelles. Dans un tour de passe-passe ahurissant, dont les ficelles sont aussi grosses que les câbles des ascenseurs à bateaux de Strépy Braquegnies, on nous vend l'idée de requalifier le projet avorté d'un mondial de football belgo - hollandais en un grand musée façon Guggenheim qui "ferait signal dans Bruxelles, dans le Parc du Cinquantenaire". Et pour rendre la magie plus opérante encore, on a cru bon associer au projet, dans la torpeur de l'été, la brillance nominales des grands chevaliers du patronat belge... Projet opium dont les vapeurs, croit-on, suffiront à endormir et à calmer les souffrances liées à la fermeture d'un Musée que rien ne prédisposait à fermer...

Tout cela est proprement indécent dans les contextes économique, social et culturel actuels. Alors que la disette est totale dans la gestion des musées fédéraux, que les verrières du Cinquantenaire percent de toutes parts, que le Musée des Beaux Arts ferme ses salles faute de gardiens, que la pénurie d'argent est constatée par tous et partout, on avance un projet mirifique et dispendieux, pour faire rêver les gogos... et pour dresser un grand écran de fumée sur la réalité criante des musées fédéraux. Cette attitude relève de la plus parfaite incurie.

Je forme le voeu que le futur ministre de la politique scientifique saura résister aux chants des sirènes, en s'attachant au mât du navire et en redressant vigoureusement la barre de ce gigantesque vaisseau muséal qui dérive à vive allure vers des récifs fantasmatiques, par la faute de naufrageurs allumant de fausses lumières sur d'inquiétantes côtes, lointaines et improbables...